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Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 8:51
Bonjour à tous !

Face à la mondialisation, beaucoup de lecteurs cherchent à lire des ouvrages en version originale, alors que d’autres ne jurent que par la traduction. Quels sont les enjeux de cette pratique ? Peut-on être touché par ces textes retravaillés et retransmis par un tiers intermédiaire, au même titre que l’on est touché pour un poème en français ? La traduction suffit-elle toujours à rendre compte de la richesse d’un texte ? Les différences culturelles sont-elles trop importantes, dans certains cas, pour nous permettre d’apprécier pleinement un poème ? Faudrait-il, pour des raisons esthétiques ou idéologiques, privilégier les écrits en français ? Ou, au contraire, faudrait-il encourager la lecture de traductions, puisqu'il est possible de les apprécier autant, voire davantage que des textes dans notre langue maternelle?
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 9:09
Lire des poèmes en langue étrangère pose le risque de ne pas en comprendre toutes les subtilités. Malgré cela, je trouve préférable d'avoir le texte original devant soi, plutôt que de lire une traduction, qui sera pour moi un tout autre poème. L'essence du texte se perd quand on essaie de le traduire. Comment savoir si tel ou tel mot convient le mieux dans la traduction? Un poème engendre forcément des émotions chez celui qui les lit, mais que ces émotions ne seront pas identiques en lisant une traduction, qu'en lisant le texte original.
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 9:21
Je pense que dans un cas où nous aimerions découvrir un nouveau texte poétique qui n'est pas dans notre langue, il est important d'avoir à la fois la traduction et la version originale du poème. En effet, lire la traduction permet de nous faire une première idée de ce que le poète cherche à exprimer. Mais ensuite, il faudrait pouvoir comparer avec la version d'orogine et pourquoi pas, essayer de traduire nous même le poème afin de voir si pour un mot, il existe plisieurs traductions possible. Certaines expressions sont intraduisible car elles sont spécifique à une langue. Si ce n'est pas notre langue maternelle, en comprendre toutes les subtilités est difficiles. La traductions, bien que incomplète, permet de faire un premier pas dans l'univers du poème.
Marc
Invité

Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 9:43
Bonjour à tous !

Selon moi, les traductions peuvent ouvrir la porte à des textes de base inaccessibles, et donc permettre l'accès à une autre sensibilité. Mais malgré tout, je pense que nous saisissons bien mieux le message du poème quand on le lit dans sa langue originale.
Pour conclure, je pense que les traductions peuvent permettre l'accès à une autre forme de poésie, mais la poésie qui nous touche le plus est celle à laquelle nous avons accès sans l'intermédiaire d'un traducteur.
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Une question de forme

le Mer 21 Mar - 10:07
À mon avis, plus qu'un problème de sens, c'est face à une différence formelle qu'on est confronté lorsqu'on lit un poème traduit.

En effet, voyons une langue comme un système complexe, dont le but est de produire un sens, permettant ainsi la communication. Tout oeuvre littéraire s’insère dans une langue, donc dans un système précis où elle obéit à ses codes. Traduire un texte, c’est donc passer d’un système à un autre, en devant opérer un changement de codes, tout en conservant le contenu de l’oeuvre, son essence.
Or, l’acte poétique se distingue des autres genres littéraires ; il cherche non seulement, au niveau du contenu, à raconter, mais aussi à jouer avec la forme d’une langue. La versification, la rime ou encore la phonétique sont des éléments de cette esthétique de la forme.

Si je peux me permettre une telle comparaison, c'est comme lorsqu'on cuisine deux gâteaux au chocolat. Supposons qu'on utilise un moule rectangulaire pour le premier et un moule circulaire pour le second. Dès lors, on a beau se tenir à la même recette, obtenir un goût semblable, la forme n'est plus la même, nous faisons face à un nouveau gâteau.

En bref, si l'on peut garder le sens du texte, il est à mon avis impossible en traduisant un poème, d’apporter toutes les richesses de l’original. Néanmoins, voyons la traduction non comme devant être une copie conforme de l’original, mais comme la continuation de ce dernier. Ainsi on perpétue l'acte poétique en renouvelant l'oeuvre, en lui donnant une nouvelle forme.
lol_muk
Invité

Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 10:19
Bonjour! En ce qui concerne cette interrogation, je pense qu’il est nécessaire de considérer deux cas de figure possibles en tant que lecteur. La première étant, de se positionner en tant que lecteur qui ne connaîtrait/pratiquerait qu’une seule langue. Dans ce cas de figure, lire de la poésie traduite permettrait au lecteur d’appréhender un nouveau genre poétique/poète qu’il n’aurait pu atteindre autrement… Malgré cela, traduire peut être réducteur car ce geste implique forcément une manipulation du texte qui engendre des modifications non négligeables. Premièrement, toute traduction suppose une interprétation personnel provenant du traducteur et engendre donc une mortification des propos: bien que l’intention soit de demeurer neutre face à la source première, aucune traduction ne peut rester 100% fidèle au texte originel. De plus, traduire arrache au poème ses spécifié propres qui rendent le travail du poète unique. Je m’explique. La richesse de chaque langue demeure dans le fait que chacune possède sa propre grammaire, lexique, prononciation et « background culturel ». Certains mots sont intraduisibles dans une langue ou peuvent radicalement perdre de leur dimensions poétique (un exemple connu pour illustrer ce propos est celui des esquimaux possédant 5 façon de décrire le mot « neige » (neige molle, neige dur, etc.) dû au besoin de pouvoir communiquer de façon précise dans leur environnement spécifique, tandis qu’en français nous n’en possédons qu’un: « neige ») passant d’une langue à l’autre, chaque mot ne porte pas le même poids de signification … En soit, j’affirmerai que traduire n’est pas une mauvais pratique en soit, mais qu’il est alors impératif de garder à l’esprit l’altération inévitable du poème original. Je conclurai cette argumentation en affirmant que de mon point de vue, pour apprécier et saisir une poésie étrangère à son plus haut potentiel, pratiquer la langue est essentiel.
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La traduction est-elle si horrible que cela?

le Mer 21 Mar - 11:28
Bonjour,
Je pense que la traduction reste une bonne alternative. Par exemple, je m'intéresse à la poésie anglaise, mais je n'ai honnêtement pas le niveau de comprendre le texte, et je pense que la traduction permet d'avoir accès aux sens qui nous échappent. De plus, comme toute traduction, il y en a des très bonnes comme de très mauvaises. Certaines traductions peuvent être incroyables et nous émouvoir tout autant que le poème, même si cela reste rare. Toutefois, il est vrai que selon moi, la traduction peut faire perdre le sens précis du texte, certaines choses étant très difficile à traduire: par exemple, les assonances ou les allitérations, qui ouvrent une sensibilité très particulière au texte, sont pourtant parfois difficile à retranscrire, d'autant plus que certains sons existent dans certaines langues mais pas en français!
Il est aussi vrai que certains aspects culturels peuvent ne pas être compris lors de la lecture d'un poème africain, mais un bon dossier et des notes en bas de pages complètes peuvent permettre d'accéder au sens, même si cela crée une compréhension plus mécanique et moins émotionnelle.
Après, je pense qu'il est difficile d'étudier de manière universitaire, voire même au gymnase une oeuvre traduite.
De fait, je trouve que les traductions sont trop souvent décriées alors qu'elles nous permettent de nous ouvrir vers d'autres cultures et univers! Je comprend néanmoins que, le poème étant un catalyseur émotionnel, l'idée de traduction fâche!
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Le travail du traducteur

le Mer 21 Mar - 11:40
La traduction est toujours une altération du texte original, un reflet forcément imparfait qui finit par devenir autonome, à moins que le lecteur ne soit capable de lire la version originale ou qu'il dispose d'autres traductions.

Le genre poétique étant probablement celui qui recourt le plus aux spécificités singulières d'une langue, la traduction de poème revient exprimer une singularité par une autre, tâche difficile s'il en est. Les traducteurs de poésie sont donc  souvent eux-même poètes, ou du moins des passeurs de culture particulièrement exigeants et leurs productions des textes de grande qualité. Je pense évidemment à Philippe Jaccottet (poète et traducteur), mais aussi à Baudelaire, Mallarmé, Valéry ou Claudel (poètes, traducteurs, occasionnellement autotraducteurs).

La question me semble manquer de précision par rapport aux compétences du lecteur. Si ce dernier ne maitrise toutefois pas la langue source et n'a pas accès au poème original, je trouve la formulation de la question étrange: un poème de René Guy Cadou et une traduction de Paul Celan seront deux textes faisant appel aux ressources du français pour un lecteur purement francophone. Le fait qu'un texte soit traduit et l'autre pas ne les modifie pas pour autant. Bien entendu le rapport qu'on peut entretenir avec le texte traduit peut être différent. On supposera telle ou telle faiblesse de traduction, on hésitera devant cette étrangeté syntaxique ou cet emploi singulier d'un vocable, mais on finira par traiter le poème comme s'il avait été écrit à l'origine en français, faute de mieux.

La question de la préférence dépend donc grandement du talent du traducteur et de la simple appréciation subjective du lecteur.

Alors certes, cette réponse demeure bancale. Je ne parle que du poème, pas de la poésie. Mais puisque la perspective d'un examen de linguistique circonscrit toute possibilité de flânerie intellectuelle, je me contenterai très brièvement d'évoquer les deux postulats implicites (et forcément discutables) de ce qui précède:

1. On peut à la rigueur considérer la poésie comme un absolu littéraire, mais pas le poème (à bas l'hypostasie ! tongue ). Le poème n'est pas un passage, mais un rapport, un lien.
2. Toute traduction, toute translation est un acte poiétique certes hétéronome, mais distinct, que les belles soient ou non infidèles.


Dernière édition par Laurin le Mer 21 Mar - 21:08, édité 1 fois
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 12:03

Plusieurs critiques et poètes dénoncent le fait que la poésie ne peut être traduite. Or, de nombreux poètes l’ont eux-mêmes pratiqué et mis en oeuvre. Cependant, produire une traduction exacte n’exclut pas « la recherche du rythme » dans la forme du poème. Le but d’une traduction et d’une poésie est de l’adapter aux sens de certains textes, mais en fournissant une bonne interprétation. L’une des difficultés est celle de recréer un lien entre sens et sonorité qui permet de caractériser la poésie et donc la présence d’un rythme est obligatoire (car la poésie n’est pas comme la prose). Ce dont cherche un traducteur d’un poème est un arrangement entre la fiabilité d’un texte ( qui n’est pas forcement traduit au mot prêt) et « l’effet esthétique » de celui-ci. Je pense qu’un poème traduit, ne peut être PREFERE à son original, car l’intention et la passion fournie par son auteur ne sera pas aussi bien transmise lorsqu’elle est traduite. Cependant, si les critères mentionnés plus haut sont bien traités, bien appliqués et bien coordonnés, alors je pense que le poème pourra être TOUT AUTANT apprécié que son original.
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Le poème pourra être beau, mais pas de la même manière

le Mer 21 Mar - 12:29
L’idée de préférer un poème à un autre implique déjà que l’on se demande qu’est-ce qui fait que l’on aime un poème de manière générale. Pour aimer un poème, je pense qu’il faut nécessairement pouvoir le comprendre. Le lecteur doit être en mesure d’y accéder par la compréhension de la langue. Il est difficile de relever les jeux de mots, les doubles sens et d’autres intentions du poète, si le texte est écrit dans une langue que l’on maîtrise moins bien que sa langue maternelle. Les risques seraient donc de passer à côté de la « bonne interprétation » du poème et de ne pas percevoir les idées et les éléments esthétiques qui sont exprimés par l’auteur.
Pour ma part, je suis plus facilement séduite par les poèmes qui me « parlent », ceux dont je pense avoir saisi le sens, ceux qui me laissent les admirer. Mais est-ce qu’il existe vraiment une seule interprétation correcte du poème ? Comment savoir si notre compréhension du poème est la bonne sans les explications de l’auteur ?...
Aussi, je pense que le poème traduit ne peut pas rendre compte de l’esthétique du poème original. Le poète a choisi ses mots, il les a ordonné d’une certaine manière. En procédant à la traduction du texte, le traducteur transforme le poème. Par les contraintes de la langue, il est difficile de traduire le poème sans lui imposer une interprétation. La retranscription de la métrique du poème peut également constituer une contrainte. Le traducteur n’a plus le simple rôle de retranscription du poème dans une autre langue, il devient à son tour poète…
Le poème pourra être beau, mais pas de la même manière.
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 13:12
Je rejoins tout à fait Calliope, dans le sens où une "bonne" traduction, en poésie, s'éloignera de l'original et constituera en quelque sorte un nouveau poème. J'ai eu l'occasion de suivre des cours qui traitaient de la créativité en traduction - car oui, il est possible d'être créatif en traduisant. Il s'agit d'un acte créateur, finalement, inspiré d'un autre texte, mais quel poème ne l'est pas ? Tous les auteurs auront des modèles en tête, que cela soit conscient ou non. Bien entendu, l'original n'a pas le même rapport avec le reste de la tradition qu'une traduction, mais le geste reste celui d'un poète (dans le cas des bonnes traductions). Il y a une différence entre traduire un écrit littéralement ou tenter de reproduire ses effets. Cela reste subjectif, mais cela marche très bien dans certains cas.

Pour avoir moi-même tenté de traduire des poèmes, je pense aussi qu'il y a des textes qui s'y prêtent davantage que d'autres. Cela dépendra d'eux, mais aussi des sensibilités: celle de l'auteur, du traducteur et des lecteurs. Et s'il y a des pertes avec la traduction, elles peuvent se compenser par des gains. Si une ligne pleine d'allitérations ne peut être retranscrite avec ses effets, la suivante s'y prêtera peut-être mieux et au final, on eut se retrouver avec les mêmes effets répartis différemment, le même plaisir, et même parfois davantage qu'en lisant l'original. A condition que le traducteur sache écrire de la poésie.
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 13:40
Bonjour à tous,

Il me paraît bien compliqué d'introduire une échelle de préférence dans ces deux cas. Je pense que la traduction peut être une bonne alternative lorsqu'on veut comprendre le sens premier du poème. Cependant, le fait de traduire dénature à mon avis le poème. Il peut arriver de perdre des subtilités de langage propre à chaque langue. Les effets sonores, par exemple, sont différents entre chaque langue et sont souvent présents dans la poésie pour apporter une dimension supplémentaire, et il est à mon avis très compliqué de les traduire parfaitement sans changer de sens. Pour pouvoir traduire une poésie à la perfection, si cela est possible, je pense qu'il est presque impossible de ne pas négliger quelques éléments, que ce soit la forme, le vocabulaire ou encore les effets de style. A mon avis, la traduction n'est pas inférieure au poème original, mais elle me semble difficilement comparable à la version original, car au final on s'éloigne plus ou moins selon la langue de traduction.

En ce qui concerne la préférence, je pense que c'est une notion propre à chacun, et qu'il est donc possible d'être plus sensible à une traduction de poème qu'à un poème écrit dans notre langue. Un sujet peut nous toucher plus qu'un autre par exemple et donc nous pouvons être plus touché par un poème plutôt qu'un autre qu'il soit écrit dans notre langue ou dans une langue étrangère. La différence reste que dans une langue que l'on parle parfaitement, on pourra peut-être plus constater le travail de figures de style, le travail de vocabulaire et toute l'étendue des effets sonores, mais cela n'empêche en rien de pouvoir apprécier un poème traduit d'une langue étrangère. Nous sommes tous plus touchés par certaines choses que par d'autres et il suffit qu'un poème en soi le reflet pour que l'on apprécie le texte, même traduit, plus qu'un texte dans notre langue maternelle.

Georgette08
Invité

Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 20:49
Je suis bien d'accord avec plusieurs d'entre vous, la traduction d'un poème permet d'y avoir accès et de  découvrir des textes d'un autre style, mais cela dénature aussi en partie la poésie. Car en effet, tous les effets de rimes, d'assonances ainsi que les jeux de mot et de langage se perdent dans une traduction, ce qui constitue, particulièrement en poésie, un des fondements de son esthétique.
Avec une traduction, on perd donc une partie de la beauté esthétique du poème, mais on a accès au fond de celui-ci.
La poésie dont l'effet est le plus efficace sur nous est donc celle à laquelle nous avons accès sans avoir recours à un intermédiaire pour la traduire, mais traduire des poèmes trouve tout de même son sens dans l'idée de traduire un message.
INRI
Invité

Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Mer 21 Mar - 21:47
La traduction permet entre autres de pouvoir accéder à des textes auxquels nous n’aurions jamais pu avoir accès de nous-même. Rare sont ceux qui parle plus de deux langues parfaitement (et surtout pour le domaine de la poésie, qui nécessite une connaissance parfaite de la langue et de son fonctionnement). Néanmoins, je pense qu’il faut bien faire la différence entre la traduction - qui n’est finalement que l’une des nombreuses interprétations que nous aurions pu faire - et le texte original. Car au-delà du fond qui peut tout à coup changer, c’est aussi la forme qui se perd lors de la traduction : ainsi, on constate de nombreuses polémiques très intéressantes, notamment sur le succès de Edgar Allan Poe chez les francophone. Doit-il son succès à la plume exceptionnelle de Baudelaire ?
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Jeu 22 Mar - 8:22
Je ne suis pas nécessairement d'accord avec Georgette08: je ne pense en effet pas qu'une traduction dénature le texte original. Il est tout à fait possible de recréer des effets de rimes, d'assonances ou de jeux de mot dans une traduction. Le recueil de poèmes "Clous" d'Agota Kristof - poète hongroise exilé en Suisse dans les années 1950 - en est un bon exemple. Bien qu'aucune racine ne lie le français et le hongrois, il est tout à fait possible de "jouer" avec les mots dans la traduction, bien que cela ne corresponde pas mot pour mot avec l'original (je rejoins d'ailleurs INRI dans le sens où la traduction permet d'accéder à des textes auxquels nous n'aurions jamais pu avoir accès nous-mêmes : c'est typiquement mon cas pour Agota Kristof). C'est peut-être là aussi l'intérêt de la traduction, d'exploiter le poème différemment pour en faire apparaître d'autres significations, ou figures de style qui n'auraient pas été possible de faire dans la langue d'origine. Ce n'est pas parce que l'on traduit un poème que l'on altère son "potentiel poétique".
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

le Ven 23 Mar - 9:22
Bonjour à toutes et tous,

Si je suis pour ma part d'accord avec ce qu'exprime Dracia, je souhaite toutefois étendre quelque peu la question. Je trouve - et il me semble que c'est ce qui ressort de bon nombre de commentaires ci-dessus - que nous sommes bien souvent trop précautionneux dans notre manière d'aborder la littérature. Je pense que les notions de chef d'oeuvre, de respect de l'auteur, cette crainte de dénaturer la complexité et l'exactitude d'un texte contribuent justement à cette image élitiste et quelque peu effrayante de la poésie. Elle reste dans sa tour d'ivoire, belle et subtile, mais trop précieuse pour mener une vie extérieure.

De plus, nul besoin de la traduction pour s'attaquer à l'essence d'une oeuvre: une poésie reproduite sur un support autre que celui sur lequel elle avait été crée en premier lieu n'est-elle pas déjà dénaturée?


Selon moi, c'est au contraire en détournant que l'on découvre: et si la traduction en français d'un poème étranger nous menait à créer de nouvelles formes d'expression? Et si de nouvelles idées, de nouvelles images surgissaient de telles manipulations? Et si cela nous permettait de reconsidérer notre rapport à la langue française? Trouver de nouvelles formes d'expression, n'est-ce pas ce que la littérature cherche à faire, la poésie en étant l'expression la plus esthétique?

Selon moi, réduire le monde des idées à des frontières linguistiques est stérile, artificiel et mène à la stagnation des idées. Il est plus intéressant d'interroger la nouveauté apportée par un texte - qu'il ait été écrit dans la langue dans laquelle nous le lisons ou non - que de chercher les erreurs et inexactitudes qu'il pourrait contenir.

Je suis pour l'insolence de la traduction, pour la dénaturation des chefs d'oeuvre.
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Re: Peut-on préférer un poème traduit à des poèmes écrits dans sa propre langue ?

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