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Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 9:06
Bonjour à tous !

Un grand merci à tous ceux qui ont fait avancer la réflexion pour le débat d'hier! Visiblement, les lundis sont particulièrement propices à la discussion poétique. J'espère que les intervenants d'aujourd'hui (si ce ne sont pas les mêmes) sauront les suivre dans le droit chemin Very Happy

À défaut de chaleur, le Printemps se lève dans toute la Suisse Romande, et éclaire les centres comme les périphéries. Le festival se déroule du valais jusqu'à Berne sans se cantonner à un centre exclusif. Au niveau géographique, la poésie ne semble guère délaisser les marges. Il est loin, le temps où il était absolument nécessaire de se rendre à Paris pour percer dans la vie littéraire. La tendance ne se serait-elle pas inversée, comme c’est si souvent le cas dans l’histoire des cultures ? Qu’il s’agisse d’une position géographique, socio-culturelle, économique ou politique, faut-il être marginal pour écrire de la poésie ? Ou encore, faut-il avoir vécu des expériences qui placent l’être humain au-delà d’un vécu « universel » ?
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 10:15
Y a-t-il vraiment des expériences plaçant l’humain au-delà d’un vécu universel? Et même si oui, cela fait-il d’une personne ayant fait telle expérience une artiste, alors que l’art tend à toucher les gens justement parce qu’il renvoie une image de leur propre vécu?
La poésie, n’est-ce pas mettre l’importance d’avantage sur la manière de raconter que sur les faits? A mon avis, un poète pourrait bien parler de sortir les poubelles et en faire un poème, il y a sûrement beaucoup de choses poétiques la trouver dans un acte pourtant aussi simple du quotidien.
Or si l’on a pas besoin de vécu particulier pour faire de la poésie, pourquoi faudrait-il être marginal? Être marginal, n’est-ce pas aussi un type de vécu? Et pourquoi penser que certaines personnes sont marginales et d’autres non, alors que nous somme peut-être tous, à notre manière, un peu marginaux au fond.
Les poètes ne sont pas spécialement plus différents des autres que les personnes n’étant pas (encore) des poètes. Ils ont peut-être cependant des différences communes entre eux, l’envie de s’exprimer par le texte, l’habitude de s’observer et d’observer le monde, ...
Je terminerai mon argument par une citation sur laquelle je suis tombée il y a longtemps sur un réseau social (je suis malheureusement incapable de dire qui l’avait formulée) et dont les termes me tournent encore en tête aujourd’hui:
“To make art, you have to see things others can’t” (se traduisant: «Pour faire de l’art, il faut voir des choses que les autres ne peuvent pas voir»)
Mais pour ma part, je soutiendrais plutôt l’idée que pour faire de l’art, il faut regarder des choses que les autres ne regardent pas (encore?) (Et non ne «peuvent» pas regarder.)
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le Mar 20 Mar - 10:19
La poésie se fait de plus en plus libre. Les différents codes de versifications, mis en place aux siècles précédents, ont été évincé par les séquences et le vers libre, abandonnant toute métrique régulière. Le genre poétique entre actuellement en porosité avec d'autre genres au point qu'il est difficile voire faux de définir la poésie comme un genre à part entier.
Ainsi, la poésie rime à l'heure actuelle avec liberté, il y a peu voire pas de normes, la métrique peut tant bien être régulière qu'irrégulière, les thématiques peuvent être diverses. On peut donc puiser l'inspiration partout et n'importe où, la poésie n'a plus de contraintes. Il ne s'agit donc plus d'être à Paris, capitale de la littérature pour pouvoir écrire ou au contraire d'être en marge de la société.
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Invité

réponse avec compte unil

le Mar 20 Mar - 10:31
La poésie se fait de plus en plus libre. Les différents codes de versifications, mis en place aux siècles précédents, ont été évincé par les séquences et le vers libre, abandonnant toute métrique régulière. Le genre poétique entre actuellement en porosité avec d'autre genres au point qu'il est difficile voire faux de définir la poésie comme un genre à part entier.
Ainsi, la poésie rime à l'heure actuelle avec liberté, il y a peu voire pas de normes, la métrique peut tant bien être régulière qu'irrégulière, les thématiques peuvent être diverses. On peut donc puiser l'inspiration partout et n'importe où, la poésie n'a plus de contraintes. Il ne s'agit donc plus d'être à Paris, capitale de la littérature pour pouvoir écrire ou au contraire d'être en marge de la société.
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 10:35
Pour savoir si un poète est en marge, il faudrait déjà savoir ce qu'est la norme. Quelles sont les limites entre la normalité et la marginalité? Et qui sommes-nous réellement pour les définir?
L'avis général est que les artistes sont marginaux. C'est d'ailleurs devenu une expres​sion(bises à toi, maman, qui l'utilise tout le temps) "d'être un artiste" lorsqu'on fait les choses un peu différemment, ou lorsqu'on est pas organisés de la même façon que "les gens de la normes" par exemple.
Selon moi, être poète ne signifie pas être marginal. Aujourd'hui, tout le monde peut écrire un poème, même un enfant de 6 ans. Après, la question est de savoir si ce poème est bien ou non, mais c'est un autre débat.
La marge de manœuvre aujourd'hui disponible pour écrire un poème permet à tout le monde de le faire.
Aussi, les poètes les plus connus et que certains pourraient considérer comme marginaux ont toujours vécu avec les autres personnes "normales", dans la même société et avec les mêmes règles. Le fait qu'ils soient lus prouvent aussi que les gens "normaux" trouvent un intérêt dans cette écriture, peut-être parce qu'ils s'y reconnaissent?
Pour conclure, je ne trouve donc pas que les poètes sont marginaux, peut-être juste meilleurs pour s'exprimer dans ce mode d'écriture?
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 10:52
Hugo parlait de manière récurrente dans ses poèmes du rôle du poète. Ils étaient vus comme des guides censés prendre par la main les hommes afin de leur dévoiler les vérités cachées du monde que seuls les poètes étaient capables de voir.
Baudelaire, Verlaine et bien d'autres étaient considérés comme des poètes maudits.
Allen Ginseberg fut fortement inspiré par son amour homosexuel pour Lucien Carr pour écrire Howls and other poems

Tous ces poètes célèbres semblent animés par des sentiments, émotions, ou devoirs qui les font se sentir tantôt maudits, tantôt rejetés, ou alors dirigé par des pouvoirs divins.

Peut-être que la libéralisation des sexes, des pouvoirs, de la marginalisation, et de la "différence" (raisons qui autrefois animaient ces poètes et les poussaient à écrire) font en sorte qu'il n'y a plus besoin, à ce jour, d'être une créature torturée pour écrire de la poésie ?
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 11:06
La question pourrait se poser autrement, on pourrait se demander si les poètes sont en marge de la société ? Est-ce que Baudelaire de son temps était vu comme marginal ? Il était certes torturé et engagé mais était-il pour autant en marge de la société ?
Sur ce point, je reprend l'idée qu'Heavengiel propose, il faut définir ce qu'est la norme pour définir qui n'en fait pas partie. Cependant, cette définition est personnelle et dépend fortement de notre situation dans la société. Les artistes ont souvent un regard perçant et nouveaux sur ce qui les entoure, ils sont donc fréquemment définis comme anormaux d'un point de vue social car ils ne correspondent pas à la majorité, donc à la norme. Mais "être anormal" ne signifie pas qu'ils ne font pas partie de la société, au contraire, ils sont les plus aptes à la comprendre et à l'interpréter au travers de musique, tableau, livre ou poème. D'ailleurs leurs oeuvres ont souvent un écho en nous, leur succès n'est pas dû au hasard...
J'ai assisté vendredi soir à une performance mêlant rap et poésie au centre socio culturel d'Ecublens, et étonnamment ces jeunes rappeurs qui paraissaient, au premier abord, totalement hors des normes s'insèrent tout de même dans nos conventions poétiques.
Au final, les marges de la poésie s'étendent et permettent au personnes souvent classifiées comme "hors normes" d'être remises au centre.
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 14:00
La question me semble un peu vague, imprécise. En effet, il paraît évident qu'il n'y a pas de prérequis nécessaire à la production poétique (si ce n'est la capacité à s'exprimer, à écrire) ; nous prendrons pour exemple la poésie que l'on pourrait qualifier de "démocratisée", en opposition à la poésie souvent considérée comme "élitiste" des grands auteurs, qui se traduit par des poèmes à vocation sociale, comme les poèmes de Saint-Valentin, les poèmes de la fête des mères, qui n'ont pas pour objectif de renouveler en profondeur les champs esthétiques ou formels, mais de transmettre un message, de célébrer une personne, un évènement, de sublimer des émotions. Nous pourrions alors nous demander s'il est nécessaire d'être "en marge" pour atteindre la reconnaissance en tant que poète dans le milieu littéraire. A priori, il semble difficile d'établir un  lien de corrélation entre la situation marginale des poètes les plus connus et leur succès. Nous pourrions toutefois arguer, tout en nous reposant sur la théorie de la réception d'Hans Robert Jauss, qu'il est nécessaire, ou au moins conseillé, de se trouver "en marge" de la norme littéraire afin de renouveler les formes littéraire et de, potentiellement, rencontrer le succès. Alors, il est intéressant de se demander s'il faut, pour renouveler les formes littéraires, vivre une vie marginale, plus particulièrement dans  le cas de la poésie. La poésie étant un genre littéraire qui met en avant l'émotionnel, le ressenti personnel, l'intériorité, puisqu'elle permet d'exprimer dans une forme relativement libre (suivant les époques...) son intériorité, ses pensées et ses questionnements, il est possible qu'un parcours de vie singulier, une tendance plus marquée à ressentir des émotions intenses, le développement d'une vie intérieure particulièrement active constituent un avantage pour l'activité poétique. Outre ceci, rien ne semble empêcher, hormis l'institution littéraire, la consécration d'un poète "normal".
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 16:21
Qu'est ce que ça veut dire être en marge? Être rejeté? Incompris? S'isoler de ses pairs? Peut-être tout à la fois.

Moi, je ne sais pas. Je sais seulement que les poèmes qui me touchent vraiment, ce sont très souvent ceux de poètes qui entreraient sûrement dans la catégorie "marginale" s'il y en a une. Probablement que vivre des expériences difficiles permet de toucher à des émotions hors du commun, s'ouvrir à des sentiments que tout le monde ne peut pas éprouver, et c'est en faisant miroiter ces émotions enfouies que l'on touche les gens.
Mais naturellement, être marginal ne suffit pas à écrire de beaux poèmes, ce sont les marginaux qui arrivent à adopter des normes et à transformer ce qu'ils éprouvent en texte qu'ils peuvent atteindre une sorte d'universalité.
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 17:20
Cela dépend de ce que l'on choisis d'accepter sous le terme de poésie; il est évident que l'image du poète vagabond et tourmenté, profondément ancrée dans l'inconscient collectif et souvent représentant de l'image du poète en général, laisse à penser que la marginalité serait un prérequis. Mais le terme poésie à servi à désigner de nombreux types d'expression à travers des époques et des attentes esthétiques différentes, il serait donc injuste de considérer toute la poésie soumise au régime du romantisme. Peut être serait il plus judicieux de parler d'un certain type de geste poétique, caractérisé par un regard externe posé sur la société, une isolation intentionnel pour permettre une grande exploration d'une intériorité nécessairement complexe et tourmentée, peut être même cette marginalité s'étend elle à être extérieur à soi même suffisamment pour transformer son ressenti en paroles avec une certaine esthétique ou qualité artistique.
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 18:12
Selon moi, cette question est très vaste, et m'amène donc à considérer trois interrogations de nature différente. Premièrement, que considère-t-on comme de la poésie ? En effet, si un poème peut être une série de rimes écrites par un enfant à destination de sa mère ou son père par exemple, le considère-t-on dès alors comme un poète? Cette interrogation m'amène donc à une autre réflexion, celle de la question du statut du poète; tout le monde peut-il être poète dès lors qu'il écrit quelque chose comme étant reconnu comme "poésie"? Par ailleurs, qui définit cela? Troisièmement, que signifie être en marge? Est-ce posséder un statut social, une identité qui, dans une société donnée, est considéré comme minoritaire? Est-ce le statut même de poète qui confère à quelqu'un ce statut marginal?

Néanmoins, si je devais réagir spontanément à la question, je dirais que le poète ne doit pas nécessairement être en marge pour écrire de la poésie. La poésie n'est-elle pas avant tout transmission? Présupposant donc un lien possible avec le récepteur, sur des expériences communes, ou une identification, du moins partielle?
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

le Mar 20 Mar - 20:33
Comme le disait plus haut MillaW, le fait de pouvoir "s'identifier" à travers la poésie à travers des expériences et du vécu commun est un point qui reste totalement décisif dans la réception de la poésie. Cependant, parmi les "grandes figures" de la poésie française, la plupart ont cette image de " poète maudis", incompris et tourmenté, qui pour beaucoup ont eu une vie particulière: l'aventure amoureuse entre Rimbaud et Verlaine dans une époque où l'homosexualité était très mal perçue, la perte de sa fille comme traumatisme chez Victor Hugo, l'oeuvre très torturée des Fleurs du Mal de Baudelaire...
Peut-être que le secret du succès de ces grands auteurs se trouve dans cet équilibre: à la fois ils se distinguent par leurs oeuvres qui bousculent leur époque et se démarquent, devenant ce qu'on peut appeler "les grandes figures de la poésie". On retrouve d'ailleurs sur les affiches du printemps de la poésie les trois poètes: Victor Hugo, Paul Verlaine et Antonin Artaud. Le réfugié politique, le prisonnier et le fou. "Et vous?" conclut l'affiche. On remarque donc que ces 3 poètes se démarquent immédiatement par leur histoire.
Mais à la fois, comme répété précédemment dans le forum, l'image du poète "incompris" dans leurs époques respectives, n'est plus aujourd'hui.
Leurs oeuvres parcourent le monde et les universités, d'un succès qu'ils n'ont pas pu vivre, car c'est bien le bousculement que leur poésie incendiaire et torturée a effectué sur leur société qui a permis de comprendre leur travail avec le temps.
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Re: Faut-il être en marge pour écrire de la poésie ?

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